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4 mai 2017

Sword Art Online – Ordinal Scale, le film au cinéma

Suite directe de la dernière saison de l’anime, Sword Art Online – Ordinal Scale met en scène Kirito, Asuna et les autres personnages de la série jusqu’alors piégés au péril de leur vie au sein du jeu Sword Art Online. De retour dans leur quotidien, impliquant les études pour certains et le travail pour d’autres, le film propose cependant bien plus qu’une simple énumération du quotidien des personnages post SAO.

 

Si le début du film peut un tant soi peu déconcerter les novices n’ayant pas suivi la série originelle, l’atmosphère finit rapidement par devenir compréhensible voire même familière à tout néophyte de l’univers SAO. Bien que tout le film présente une richesse certaine – et dont nous parlerons bien assez vite -, il faut tout au plus quinze minutes pour saisir le propos principal du long métrage. Le film nous intègre sans aucun mal dans une société basée dans un futur proche, où la présence exagérée mais néanmoins crédible de la technologie et de ses progrès reflète nos propres avancées numériques, et tout le comportement consumériste qui en découle. Omniprésente, la technologie fait l’unanimité notamment chez les jeunes, qui promettent un avenir composé d’écrans et de réalité virtuelle dans chacun de leurs actes, et dans chacun de leurs objectifs. Bien que l’on pourrait concevoir un état de transfert évident pour les anciens piégés de SAO – une adaptation progressive du virtuel (SAO) au réel (vie d’avant) – quid des personnes ayant échappé à cette tragédie ?

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L’aventure continue sur grand écran

Car il est dur d’en douter, le jeu et le numérique deviennent les moteurs principaux d’une jeunesse qui ne se définit qu’à travers eux. Et pour cause, l’idole des jeunes n’est autre que Yun, une intelligence artificielle, incarnant l’icône ultime en matière de performance et d’inspiration. Yun chante, Yun danse, et son image à la fois angélique et sexuelle lui vaut de représenter Ordinal Scale, réunissant ainsi toute l’attention de la population sur le jeu et les dérivés de sa franchise – pubs, concerts – les transformant en fans affamés d’un monde magnifié. Si le numérique a su dépasser le statut d’addiction pour quelque chose de commun, c’est aussi ni plus ni moins parce qu’il promet à ses destinataires une vie globalement meilleure. À l’image de Yun, ce qui est globalement fait de données propose une vie faite de rêves mais surtout d’avantages : jouer nous rapporte des points, jouer nous rapporte des cadeaux. Ainsi, boissons gratuites et desserts bonus sont devenus des prix usuels pour qui gagnerait une simple partie de PacMan. Le progrès numérique change donc considérablement les rapports humains, dans une société où manger seul ses nouilles n’existe plus grâce aux appels visios, et où l’on enfile un casque de réalité virtuelle avant de s’endormir.

C’est là qu’apparaît tout le paradoxe d’Ordinal Scale – nouveau jeu de réalité augmentée -, qui grâce à son nouveau dispositif d’accès dédié nommé l’Augma, recourt à toutes sortes de chimères pour faire perdurer un semblant de solidarité et de vivre ensemble. En intégrant du virtuel au sein du monde réel (à la différence de SAO qui prenait le réel pour l’incorporer dans le jeu), Ordinal Scale réveille l’élan social et le besoin d’héroïsme des personnages. À travers ses graphismes travaillés d’univers fantasy et sur fond de musique épique, le jeu propose de combattre des monstres plus ou moins puissants à l’aide des membres de son équipe. Ce qui constituait alors un milieu urbain n’est désormais plus qu’une toile de fondations évoluant en un espace unique, mélangeant apocalypse et conte de fées ; Yun qui supervise la partie représente d’ailleurs cette figure de princesse, de laquelle on reçoit un baiser après avoir vaincu le monstre. Par ses séduisants atouts et son ingénieuse élaboration, Ordinal Scale fait naître le besoin de protéger la ville et de protéger les siens, en poussant à l’aide de la VR les gens à s’unir contre des ennemis communs.

Cependant il ne s’agit là que de desseins virtuels sans risque potentiel, et cet élan unificateur et social perd de sa superbe lorsque la partie se termine et que les points sont distribués. L’on se félicite et débriefe quelques minutes, puis on rentre chez soi. Le premier à ressentir le malaise de cette dimension n’est autre que Kirito, qui peine à reproduire physiquement ce qui l’avait auparavant conduit à une place de choix au sein de SAO. Ancien champion, Kirito vit mal la transition du tout virtuel au monde réel, et illustre parfaitement le paradoxe principal du film : libérés de leur piège qu’était SAO, les captifs assument pourtant mal le réel tel qu’ils le retrouvent, et sur lequel ils n’ont aucune influence. Si la plupart se réfugient dans la réalité augmentée, Kirito incarne au contraire cette prise de conscience qui tardera à se faire chez les autres : la vraie vie est dure. Elle est lente, elle est compliquée, et elle fait peur. Les actes tout comme les relations sociales sont effectivement plus complexes qu’elles ne l’étaient sous forme de données informatiques. En l’occurrence, la relation entre Kirito et Asuna bien que forte et sincère deviendra criante d’incohérences et de déséquilibres. Les engagements et les promesses perdraient-ils de leur force quand tout devient officiel ? Les sentiments et les souvenirs provenant du virtuel existent-ils toujours le dernier niveau passé ?

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Il devient donc compliqué pour plusieurs personnages de discerner la réalité du jeu, dans un monde où les puissants utilisent les données à des fins personnelles pour atténuer leur peine et combler le vide que d’autres ont laissé (nous verrons à la fin que la perfection et la félicité constante de Yun ne sont d’ailleurs pas sans rapport…) En bref, les réalités sont confondues, et Ordinal Scale ne se révélerait après tout pas si héroïque et révolutionnaire que promis…

Reflet à peine exagéré de notre monde actuel, Sword Art Online – Ordinal Scale foisonne de poésie et de sincérité dans un cadre pourtant intimement occupé par le virtuel et le jeu vidéo. Illustrant une course vaine vers un bonheur alambiqué, le film fait une représentation contemporaine des rapports humain à travers le médium d’une technologie qu’on ne maîtrise plus assez. D’abord considérée comme une alliée de choix, l’avancée technologique au sein du numérique se révèle au final être une arme massive envers le libre arbitre et les valeurs morales propres à notre société ; la liberté d’autrui, les sentiments, comme le principe même de mort et de vie sont bafoués au profit d’une appropriation cupide et aliénée.

Comme on enverrait un virus sur un ordinateur, la métaphore est ici on ne peut plus claire : c’est le cerveau même que l’on s’approprie et que l’on vient hacker, sans que son propriétaire puisse riposter, ni même s’appartenir.

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Sword Art Online – Ordinal Scale, prévu initialement début mai, sortira finalement le 17 mai 2017 au cinéma.

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